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Mis à jour le jeudi 29 mars 2018 

 
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BILAN DES ELECTIONS

 
Chou 41 - Juillet / Août 2004

Au lendemain du scrutin du 13 juin 2004, on ne peut se départir d’un solide malaise, voire d’une réelle inquiétude. C’est que les scores des partis d’extrême droite et singulièrement du Vlaams Blok font froid dans le dos. Comment comprendre qu’un nombre aussi important de nos compatriotes se soient fourvoyés au point de donner leur suffrage à ces fossoyeurs de la démocratie qui n’hésiteraient pas, si on les laissait faire, à mettre en place un "ordre nouveau" qu’on croyait (naïvement ?) définitivement confiné aux poubelles de l’Histoire ? Et comment lutter efficacement contre un phénomène dont on n’arrive pas à cerner efficacement le contour ?

Nous ne prétendons certes pas avoir les réponses à ces questions, mais il nous semble utile de partager avec les lecteurs du Chou quelques réflexions. La première se rattache à l’attitude de certains de nos compatriotes du Nord du pays, plus enclins à chercher des boucs émissaires (car il est bien évident que si le Blok monte en Flandre, c’est la faute aux Wallons, n’est-ce pas ?) qu’à affronter les vraies questions. Pour notre part, il nous semble évident que le Blok est avant tout un avatar d’un nationalisme flamand exacerbé qui n’est pas exempt de risques : à trop flatter le sentiment d’appartenance à une communauté d’intérêt, on cultive aisément le repli identitaire, l’égoïsme, le rejet de l’autre qui ne peut être que responsable de tous les malheurs. Certains partis pourtant démocratiques n’ont pas hésité à emboîter le pas au Vlaams Blok sur ces terrains fangeux voire de faire de la surenchère. Et le résultat est loin d’être probant : pour quelques votes glanés, combien offerts à l’extrême droite, l’électeur préférant généralement l’original à la copie ?

Autre cause d’étonnement, voire d’inquiétude : l’extrême faiblesse du "cordon sanitaire". D’abord parce qu’il se limite de facto à la seule sphère politique : comment faire croire que certains représentants de la classe politique sont infréquentables si, dans le même temps, on leur offre la surface médiatique d’un plateau de télévision, à l’occasion d’une émission "tous publics" ? Ensuite parce que des signes de fissures apparaissent ça et là dans ce cordon, le plus marquant peut-être étant la consultation du Blok par le formateur flamand Yves Leterme.

Mais ce serait trop simple de se limiter à dénoncer ce qui se passe au Nord, sans, en même temps faire la lumière sur notre réalité francophone, à Bruxelles comme dans certaines villes wallonnes. Chez nous aussi l’extrême droite a progressé, parfois même de manière spectaculaire, sans (encore ?) toutefois atteindre les niveaux connus en Flandre. Ici, pas de trace de nationalisme exacerbé mais un fossé profond entre le citoyen et le /la politique, qui s’élargit et se dénature au point de devenir un obstacle infranchissable entre le citoyen et la société elle-même : c’est véritablement le lien social qui est mis en jeu, la société devenant opaque à elle-même.

Un tel constat ne peut appeler qu’à la mobilisation de toutes et de tous. Les politiques tout d’abord qui doivent retrouver le chemin du dialogue vrai avec les électeurs, au-delà des débats convenus qui n’attirent plus que les convaincus et les shows médiatiques. Des politiques qui doivent également clarifier leurs débats pour que l’électeur s’y retrouve : quelle cohérence peut résulter d’alliances politiques associant des formations aussi opposées idéologiquement que les socialistes et les libéraux ? Le monde syndical et associatif, en particulier dans le champ de l’éducation permanente, ensuite, à qui revient la responsabilité d’associer largement les citoyens aux débats qui les concernent c’est-à-dire de rendre effective et vivante la citoyenneté. C’est ce que nous avons tenté de faire en multipliant les débats citoyens ces dernières semaines, c’est le chemin que montrent les élections sociales et mutuellistes, ferments de démocratie dans la sphère économique et dans celle de la santé. C’est aussi le sens de l’appel que nous lancions dans le numéro spécial du Chou que vous avez reçu récemment : il faut une mobilisation de tous les acteurs pour construire une société où personne ne se sent exclu, rejeté, méprisé. C’est là notre tâche et elle est immense : retroussons-nous les manches !

Daniel Fastenakel

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