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Avril - Mai - Juin 2013
 
Mis à jour le vendredi 22 décembre 2017 

 
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Chou n° 84 - Tous Colombiens, Péruviens, …
Avril - Mai - Juin 2013

 

Dans un an, nous retournerons aux urnes pour élire (entr’autres) nos Parlementaires européens. Malheureusement, beaucoup de débats du Parlement européen passent inaperçus de l’opinion publique vu la haute technicité des textes discutés. Il en est ainsi du Traité de libre-échange conclu entre l’Union européenne d’une part, le Pérou et la Colombie d’autre part et approuvé par le Parlement européen au mois de décembre 2012.

Ce traité est une catastrophe sous plusieurs aspects.
En premier lieu, contrairement aux principes affichés par l’Union, il n’a été conclu qu’avec 2 des 4 pays constituant la Communauté andine : la Colombie et le Pérou. Les négociations incluaient également au départ l’Equateur et la Bolivie. Justement, deux pays dirigés par des gouvernements progressistes dont les économies souffriront des effets négatifs de cette différence de traitement (freins à l’exportation, risques de désinvestissement, etc…).

La Colombie est connue depuis des décennies comme le pays le plus dangereux au monde pour les syndicalistes, les défenseurs des droits humains, les leaders des communautés indiennes, les journalistes, tous victimes de la violence persistante des groupes armés (anciens paramilitaires prétendument démobilisés, mais aussi parfois de groupes émanant des guerrillas). Cette violence est aggravée par l’impunité quasi-totale résultant du non-fonctionnement de l’appareil judiciaire. Les rapports de la Confédération Syndicale Internationale (CSI) et d’Amnesty International documentent année après année cette sombre réalité, incluant les violences sexuelles contre les militantes. Toutes les organisations syndicales, colombiennes, péruviennes, internationales (CSI, CES) et belges ont dénoncé l’appui des parlementaires européens à ce traité dénué de tout véritable dispositif de protection et d’amélioration des droits syndicaux et humains. Hélas, les euro-députés se sont satisfaits d’une vague « feuille de route » des gouvernements péruviens et colombiens. Ce dispositif théorique n’a même pas été concerté avec les organisations syndicales concernées ! En Colombie et au Pérou, le syndicalisme est menacé de disparition laissant le champs libre à l’expérimentation des recettes les plus sauvages du néo-libéralisme, le tout avec la bénédiction de l’Europe qui se prétend défenseur des droits humains dans le monde.

Cette aggravation des conditions sociales s’observe entr’autres dans les grandes exploitations agricoles relevant des multinationales agro-alimentaires (bananes, palme à huile,…) dont les exportations seront favorisées par la réduction des tarifs douaniers. Outre l’accentuation des conséquences environnementales désastreuses de la culture du palmier à huile, le traité encouragera le remplacement des cultures vivrières par des cultures industrielles, l’accaparement des terres ainsi que les menaces et pressions violentes pesant sur les communautés rurales indigènes.

Enfin, cet accord, le plus libéral de tous les traités de libre-échange négociés par l’UE, trouve toute sa signification économique dans la libéralisation des services (en particulier des services financiers) et de la circulation des capitaux. S’agissant de pays (en particulier la Colombie) générant par la production de drogue des flux financiers gigantesques à la recherche de blanchiment, on ne peut que s’inquiéter de la façon dont le traité limite le pouvoir de contrôle effectif des autorités sur les mouvements de capitaux. Les dispositions du traité contredisent aussi d’autres initiatives européennes visant à réguler le système financier.

Le dernier mot n’est pas encore dit. Ce traité de libre-échange est un traité « mixte » qui devra être approuvé par chaque Assemblée parlementaire de l’Etat fédéral belge. Avec d’autres mouvements et ONG, nous interpellerons donc nos parlementaires régionaux pour qu’ils ne puissent pas dire : « nous ne savions pas ! » Ne sommes-nous pas tous et toutes concerné-e-s ?

Jacques Debatty, Président du MOC Bruxelles

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