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Juillet - Août - Septembre 2013
 
Mis à jour le mercredi 25 avril 2018 

 
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Chou n° 85 - Finances : desserrer l’étau !
Juillet - Août - Septembre 2013

 

« Les spéculateurs peuvent être aussi inoffensifs que des bulles d’air dans un courant régulier d’entreprise. Mais la situation devient sérieuse lorsque l’entreprise n’est plus qu’une bulle d’air dans le tourbillon spéculatif. »
J-M Keynes.

Dans un monde normal, on aimerait ne consacrer à la finance qu’assez peu d’attention. Nul être humain sensé ne souhaiterait vivre dans une société qui ne produit que très peu d’aliments, ou de logements, ou de beauté. Mais chacun et chacune s’accommoderait sans doute fort bien d’une société où le secteur financier ne représenterait que la « bulle d’air » accrochée à l’économie que J.M. Keynes évoque.

Et si on distingue et préserve les services bancaires utiles aux citoyens et aux entreprises (aujourd’hui, qui pourrait vivre sans des moyens de paiement simples et sécurisés ?), alors tout le reste de la finance, celle des spéculateurs et des affairistes, pourrait disparaître sans grand mal. Il y a belle lurette que ce n’est plus la finance qui finance l’économie, mais l’inverse. Et l’on peut admirer, depuis 2008, ce que donne une société dans laquelle une hypertrophie du crédit et de l’endettement compense l’insuffisance de la répartition des richesses. De sorte que chaque citoyen de bon sens devrait souhaiter que le secteur financier prenne dans l’actualité et le débat démocratique une place semblable à celle qu’occupe la colombophilie. A la radio, il y a bien 25 ans que les communiqués colombophiles de nos aïeux ont laissé la place (à pigeon, pigeon et demi …) aux communiqués boursiers. Souhaitons à nos enfants que ces derniers soient chassés à leur tour par d’autres communiqués, moins insultants pour la dignité et pour l’intelligence humaines que les bégaiements du Nasdaq et du CAC40. Ce jour viendra – et si les dirigeants de la RTBF manquent d’idée pour ces communiqués utiles et beaux, nous tenons mille suggestions à leur disposition.

Mais en attendant, le mal est là. Il nous faut regarder la finance qui ronge nos économies à partir d’une question simple : que voulons-nous pour le travail, l’entreprise, l’emploi et la vie des hommes et des femmes de demain ?

Les positions de fond de la CNE, comme celles du MOC, permettent de répondre en peu de mots : nous voulons une société plus sobre (moins polluante et moins dépendante d’une croissance sans fin), plus juste (qui réduise drastiquement les inégalités) et qui offre plus de bien-être à toutes et à tous. Cela passera par une importante redistribution des ressources, aujourd’hui accaparées par quelques pourcents de la population : l’espace, le temps, l’emploi et l’argent. La Réduction Collective du Temps de Travail est une des clefs de cette société meilleure ; ainsi que la démarchandisation de nombreux biens et services privatisés depuis 30 ans (et livrés non pas à la « concurrence loyale » vantée par les ayatollahs du marché, mais à des monopoles privés ou à des cartes d’embrouille). La relocalisation d’une partie importante des activités humaines (pour produire des biens et des services utiles à sa communauté) est une troisième clé.

Si cette société moins violente et moins absurde ne se réalise pas, ou ne se réalise que dans des alternatives passionnantes mais demeurant à la marge, c’est parce que le pilotage de la quasi-totalité des activités humaines a été confié aux indicateurs financiers. Il est absurde, dans un pays où prospèrent 200 variétés de pommiers, de manger des pommes d’Afrique du Sud ou du Chili. Sauf pour les requins de la spéculation qui arrivent à nous l’imposer comme « moins cher ». Il est également absurde (et rentable pour certains) que la moitié de la population active se tue à travailler trop, pendant que des centaines de milliers de gens sont mis hors d’emploi.

La plupart des dirigeants économiques et politiques sont conscients de ces contradictions. Ce qui nous distingue d’eux, et de tous ceux dont l’ambition se limite à verser un peu de lubrifiant social dans la violence économique, c’est la réponse aux deux questions suivantes :
1.Croyons-nous, qu’on puisse réaliser une société réellement sobre, juste et digne sans desserrer l’étau de la finance ? nous NON
2.Voulons-nous, affronter les 1% ou 2% qui s’enrichissent scandaleusement, et, faute de pouvoir leur faire entendre raison, les arraisonner ? nous OUI

Les animateurs du MOC et les militant-es et dirigeants de la CNE-Finance ont fait œuvre utile, en explorant ces questions avec audace et rigueur.

Felipe Van Keirsbilck - Secrétaire général de la CNE

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