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Mis à jour le vendredi 22 décembre 2017 

 
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Chou n° 93 - Pour la défense de l’emploi non machand

 

Espérons que jamais on n’osera dire d’un enseignant ou d’une enseignante qu’il ou elle est « bénéficiaire » d’une intervention publique et qu’il ou elle devrait parvenir à s’autofinancer parce qu’il y aurait mieux à faire avec l’argent public. Une ancienne étude de l’OCDE avait d’ailleurs chiffré la « rentabilité » d’un investissement public dans l’enseignement supérieur et selon leurs calculs, 1€ investi en rapportait 4 à l’état.

L’utilité du travail d’un formateur en alphabétisation, d’une aide soignante, d’un éducateur de rue, d’un animateur culturel, est, elle aussi, avérée. Le secteur non marchand répond à des besoins qui ne sont rencontrés ni par le secteur marchand dont la principale préoccupation est de dégager du profit, excepté dans l’économie sociale qui a fait l’objet de notre dernier numéro, ni par le secteur public qui pour des raisons historiques a délégué certaines missions à des acteurs associatifs. Ces missions concernent de multiples aspects de notre vie comme la santé, la culture, la petite enfance, l’accueil des migrants, le sport, l’éducation permanente, la solidarité avec les populations du Sud… Les réponses collectives à ces besoins, qu’elles soient le fait de services publics ou d’associations, font que nous formons une société et pas une addition d’individualités juxtaposées dans un grand marché où seul le profit importe.

Même si, comme l’écrit Jean-Marie Harribey, « le travail effectué dans les services non marchands est productif de valeurs d’usage monétaires, mais pas de valeur pour le capital, les travailleurs qui y sont employés créent le revenu qui les rémunère. »(1), la richesse produite par le secteur non marchand ne lui revient pas. Les retombées rejaillissent sur toute la société y compris sur le secteur privé (environnement plus stable, cohésion sociale, travailleur/ ses mieux outillé/es pour affronter le monde du travail, etc). Il est, dès lors, de la responsabilité publique d’organiser le financement du secteur si l’on est soucieux de préserver son indépendance. S’il était financé par quelque fonds caritatifs d’entreprises ou de millionnaires en quête de bonne conscience il perdrait la maîtrise du sens, de ses objectifs et de ses méthodes de travail. Pour éviter cela, il s’agit d’institutionnaliser la solidarité (via l’impôt) vers ce qui fait sens pour les citoyen/nes. Le financement par les pouvoirs publics permet de reconnaître et d’encourager l’implication des acteurs/trices dans la construction d’une société juste et démocratique, conscient/es que la richesse du tissu associatif ne suffira pas mais constitue un pas dans la bonne direction.

Dans le contexte actuel où la recherche effrénée de nouvelles sphères de profits à travers la marchandisation de tout se renforce par les politiques néolibérales qui mettent les Etats à la solde des marchés, nous nous devons de défendre un autre projet de société qui rencontre les aspirations des populations, se construit avec elles à travers une autre économie et un secteur non-marchand puissant.

Au niveau régional bruxellois, le durcissement des critères d’accès aux subsides cohésion sociale, la diminution des aides aux associations environnementales et les mesures concernant les postes ACS notamment dans la culture, la santé et la jeunesse ont le goût amer de l’austérité et du renvoi de l’individu à la solitude des solutions qu’il trouve seul au détriment des relations et des solutions collectives. Ce numéro vous propose différents points de vue sur la révision de la circulaire ACS et l’intention de réorienter le dispositif vers l’activation des chômeurs cette dernière mesure et celles qui pourraient l’accompagner. Vous y trouverez notamment un recadrage historique, les réponses du Ministre de l’emploi à nos interrogations et des interviews d’associations.

(1) « Economie politique de la démarchandisation de la société” PUF, 2008. Jean-Marie Harribey a été co-président d’ATTAC et co-préside actuellement “les économistes attérés”.

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