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Lettre fictive
 
Mis à jour le vendredi 22 décembre 2017 

 
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Chou n° 95 - Résistances et alternatives à l’austérité
Lettre fictive

 

Mesdames et Messieurs les décideurs politiques,

Je me permets de vous écrire pour vous faire part de mon désarroi face aux décisions politiques que vous prenez. J’élève, seule, mes deux enfants. Il y a trois ans, je travaillais dans un grand magasin mais suite à une restructuration, j’ai été licenciée. Presque la moitié de mon salaire, quand j’en avais un, filait dans les frais de logement : énergie et loyer. Comme j’habite Bruxelles, il est impossible de trouver un appartement correct adapté à ma situation familiale et à mes revenus. Comme je n’ai pas pu constituer une épargne et que, par ailleurs, faire de l’argent avec de l’argent ce n’est vraiment pas le but de ma vie, je n’ai jamais joué en bourse. Tout ce que je veux c’est une vie digne. Et un avenir pour mes enfants. Alors que je n’ai donc pas la moindre responsabilité dans la crise financière de 2008, j’ai le sentiment depuis, de devoir payer pour un crime que je n’ai pas commis.

Pourquoi mes allocations de chômage ont-elles diminué et pourquoi m’oblige-t-on à courir désespérément derrière un emploi qui n’existe pas ? Pourquoi dois-je chaque année faire les mêmes démarches pour avoir accès aux soins de santé à moindre coût, via le statut BIM, alors que vous avez toutes les informations sur ma situation et mes revenus ? Pourquoi notre facture d’électricité a-t-elle augmenté ? Et pourquoi le Go pass gratuit dont mon fils avait bénéficié à 16 ans est supprimé. Ma fille n’en aura pas. Vous ne vous contentez pas d’annuler ces petits coups de pouce, simultanément, vous supprimez des emplois à la SNCB. En plus, vu la 6è réforme de l’État, les allocations familiales risquent, à terme, de baisser. Qu’avons-nous fait, nous les travailleurs, pour mériter de telles punitions ? Croyez-vous guérir un anémique en lui collant des sangsues sur la peau. Où est votre soucis de l’intérêt collectif ? Dans la fragilisation des plus précaires et la destruction de la classe moyenne, alors que vous maintenez des régimes de faveurs fiscales aux entreprises, même pour celles qui licencient dans le seul but d’augmenter leurs bénéfices ?

Parfois, surtout en fin de mois, je déprime. Alors pour me remonter le moral je lis un journal militant. A travers ce type de lecture, je me rends compte que je ne suis pas seule et que des tas de gens se battent pour un monde plus juste. Pour moi, l’espoir est un des moteurs de nos existences et tant qu’il y a des luttes, il y a de l’espoir. Tenez, dans le dernier Chou de Bruxelles, j’ai appris que la CSC avait porté plainte contre la non indexation des salaires, que Vie Féminine vous interpellait aussi en vous envoyant la facture de ce que les femmes prennent en charge à la place des services publics, que les Equipes populaires revendiquaient un encadrement des loyers. De leur côté, suivant le principe même de mutualité de santé, les mutualités chrétiennes organisent la solidarité pour un meilleur accès à la santé pour toutes et tous, ici et ailleurs dans le monde. Non, on n’est pas tout seul ! Et la protection sociale, c’est aussi mondialement qu’il faut la construire.

Parmi toutes ces résistances et ces bribes d’alternatives, deux me touchent particulièrement. D’une part, ce sont les initiatives de solidarité entre précaires qui refusent cet état de fait, par exemple des personnes sans papiers qui distribuent des colis alimentaires. Dès que vous en aurez l’occasion, je vous invite à manger à leur table d’hôte. Peut-être que ça vous découragera de les mettre dans un centre fermé… Et puis, il y a les jeunes qui trouvent la force de s’organiser malgré le peu d’avenir qu’on leur a laissé. J’espère qu’un jour mes enfants rejoindront les JOC notamment dans leur combat contre l’état sécuritaire que vous nous imposez. Car les militaires dans les rues ça ne me rassure pas du tout, ça me donne plutôt l’impression de vivre dans une dictature.

Alors pour toutes ces raisons, je vous le demande : qu’est-ce qui justifie vos coupes budgétaires dont je suis, enfin nous, sommes les victimes ? Mais soyez sûrs de ceci : on ne se laissera pas faire !

Une femme parmi beaucoup d’autres

Myriam Djegham, secrétaire fédérale CIEP-MOC Bruxelles

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