Rarement des événement populaires ont laissé un impact aussi fort dans la mémoire et l’imaginaire collectifs que Mai ‘68. Personne n’ignore aujourd’hui qu’il s’est passé quelque chose autour de cette période en France. Et nombreux sont ceux qui s’y réfèrent encore, d’une manière ou d’une autre, y compris parmi ceux qui sont trop jeunes pour les avoir vécu ! Mais personne encore n’ose dire sérieusement qu’il a le fin fond de l’affaire.
Comme événement historique, Mai ’68 reste une énigme. Son origine, son déroulement exact, la nature de ses acteurs, et ses effets surtout, restent nimbés d’une aura d’incertitude. Comme référence politique, cette énigme est une aubaine : on peut en dire ce qu’on veut. Certains insistent sur son côté créatif y décelant l’émergence d’un certain type d’intelligence. D’autres mettent en avant son côté destructeur, en y voyant l’origine de toute l’insécurité actuelle. Tous en oublient de large passages.
En Belgique, nous vivons des échos de ces débats, comme nous avons vécu des échos de ces événements. Nous sommes donc doublement en marge, géographiquement et historiquement. Triplement, si l’on y ajoute que les milieux populaires ne sont pas perçus comme ayant été au cœur des événements de ‘68.
Pourquoi alors en faire le thème de ce numéro du Chou de Bruxelles ? Précisément pour ces mêmes caractéristiques. Enigme politique et historique, nous avons choisi d’en interroger le déroulement en Belgique, et de l’intérieur du Mouvement Ouvrier. Car le Mai qui nous est raconté est fort différent de celui qu’ont vécu les mouvements sociaux. On oublie trop souvent que ce fut aussi la plus grande grève qu’ait connu la France. On oublie aussi de regarder de façon plus large, d’ouvrir la focale de notre appareil photo : l’étranger, la durée, et les milieux sociaux.
Vous trouverez donc dans ces pages une étude du CARHOP sur les liens entre Mai ‘68 et les mouvements sociaux, ainsi que trois interviews de personnes ayant vécu, de l’intérieur du mouvement, cette époque. Un jociste, une militante féministe et un syndicaliste vous livreront leurs expériences. Entre leurs divergences et leurs ressemblances, nous espérons que vous tirerez de quoi nourrir votre réflexion sur ce doux mois de Mai, son impact et ses effets.
Martin Cocle, CIEP Bruxelles



