Des personnes s’organisent pour défendre leurs droits. Du « je » au « nous », se construisent les premiers pas d’actions collectives. Une action puis une autre. Les personnes apprennent à travailler ensemble, à confronter leurs points de vue, à définir des stratégies, à construire des rapports de force. En marchant, ils prennent conscience que d’autres rencontrent les mêmes problèmes, que d’autres encore sont confrontés à des difficultés différentes mais provoquées par les mêmes mécanismes. Du problème vécu individuellement, ils cheminent… nous cheminons, vers un « nous » et finissons par questionner le monde pour résoudre les problèmes ! Passage de cette action particulière à une autre plus globale, plus complexe et inscrite dans la durée. Mais cette autre action, pour ne pas se perdre dans l’abstraction, doit s’ancrer au réel. Elle doit, à tout moment, renouer avec les réalités quotidiennes des gens, s’y connecter pour s’y nourrir et s’y laisser questionner.
A ce processus d’aller/retour entre je - individu, nous - groupe et Nous - le monde, s’ajoute la nécessité de « structurer les NOUS » et leur nouveau devenir. L’ensemble des liens nécessaires entre les « NOUS » doivent être solides. Pour assurer la permanence de ses objectifs, l’organisation va chercher les moyens d’engager des personnes ayant les qualités appropriées, rémunérées et équipées pour être efficaces. L’organisation devient progressivement un objectif en soi.
Pour espérer contribuer à ses finalités, elle doit survivre et donc être bien gérée, construire sa reconnaissance voire sa notoriété et convaincre, le plus grand nombre possible de personnes, d’adhérer aux objectifs et méthodes… A l’axe Je/Nous s’ajoute cette tension finalités/survie de l’organisation. Comme les cosmonautes doivent veiller tant à s’alimenter et entretenir la fusée qu’à la guider vers la lune. Sinon, ils n’y arriveront pas !
Pendant ces cheminements, le « je » n’a peut-être pas trouvé de résolution à ses difficultés. Il ne pourra s’investir dans du « nous » que s’il y voit une perspective de résolution de ses problèmes particuliers. C’est pour répondre à ces tensions que l’organisation apporte différentes réponses : du soutien individualisé à travers des services de première ligne, des lieux d’éducation permanente et des actions politiques.
Si chacune de ces réponses peut être proposée seule, nous avons intérêt à les articuler. Cette articulation pose problème : elle réside dans la confiance et l’écoute des personnes, des groupes entre eux et par les dirigeants. Cette articulation s’appuie sur le dynamisme de l’organisation et l’intérêt des personnes et des groupes à réaliser les objectifs qu’elle poursuit. Les tensions entre la base et le sommet, entre les instances décisionnelles, les groupes de base et les services rendus aux individus induisent parfois des couacs. Le défi à relever est là, dans l’articulation, la cohésion entre les secteurs et services des organisations et entre ceux-ci et le mouvement ouvrier… Surmonter ces tensions dans une dynamique démocratique est toujours un travail difficile et jamais fini. Il engage chacun des permanents et chacun des militants dans cette tension du « Je » vers le « nous ».
C’est pour questionner ces articulations et envisager de rajouter de l’huile dans leurs rouages que nous avons invités les permanents des organisations constitutives du MOC de Bruxelles pour une journée de travail dont nous vous présentons le contenu dans ce Chou.
Myriam Djegham,
CIEP-MOC de Bruxelles



